Né le 5 avril 1909 à Astoria, Etats-Unis, Albert Romolo Broccoli est décédé le 29 juin 1996 à Beverly Hills d'un problème cardiaque.
Albert "Cubby" Broccoli s'est battu avec acharnement pour sortir de la ferme. Personne n'aurait pu prévoir que le garçon qui poussait une brouette pleine de légumes dans les rues de Manhattan serait un jour l'un des producteurs les plus influents du monde.
A la fin des années 20, Broccoli fait l'expérience des dangers du métier d'agriculteur. Avec son frère, il fait l'acquisition de 500 âcres de mauvaise terre en Floride. Après deux années de dur labeur, un ouragan balaye tout. Ensuite il travaille dans une pharmacie, étudie le journalisme et entre dans une entreprise de pompes funèbres. Le travail devient vite déprimant et il démissionne. Broccoli part pour Los Angeles, chez son cousin, Pat de Cicco, agent comblé d'Hollywood. C'est comme s'il entrait dans un nouveau monde.
Mais Cubby doit gagner sa vie, il se retrouve à San Francisco comme vendeur et vit dans une petite pièce.
Un soir, il se rend avec un ami à l'hippodrome. La chance tourne. Cette nuit là, Broccoli gagne assez d'argent pour retourner à Los Angeles. Il veut réussir dans le show-business.
Il trouve du travail à la 20 th Century Fox, et sympathise avec Howard Hughes.
Après la guerre Cubby rejoint le réalisateur Irvin Allen, un émigré polonais. Ils réalisent un film, Avalanche, pour les studios Eagle Lion. Pat de Cicco s'occupe du financement. Bien que le film ne fasse pas recette, Broccoli commence à travailler pour l'agence Famous Artists, représentant notamment Lana Turner et Ava Gardner.
En 1957, Broccoli lit un nouveau roman, Bons baisers de Paris, une aventure de James Bond 007. Il apprend que Ian Fleming est très intéressé par la vente des droits cinématographiques. Broccoli arrange un déjeuner, malheureusement les négociations échouent. Trois ans plus tard, l'association Allen/Broccoli prend fin. Tout est à recommencer.
Le 21 juin 1959, Cubby épouse la romancière Dana Wilson. Cary Grant est témoin au mariage. Deux ans plus tard, Broccoli s'associant à Harry Saltzman, obtient le feu vert pour produire le premier James Bond.
Broccoli et Saltzman créent une compagnie suisse, Danjaq S.A, nommée d'après leurs femmes respectives, Dana et Jacqueline.
Plus tard, pour la production du film proprement dite, les producteurs créent une compagnie en Angleterre, Eon Productions. Les producteurs souhaitent que Opération tonnerre soit le premier des romans de Ian Fleming à être adapté au cinéma.
Mais les droits se retrouvent bloqués dans un véritable imbroglio juridique. Ils se décident alors pour l'adaptation de Dr No. L'association entre les deux hommes est à l'origine de la série de films la plus prospère jamais produite.
Avec son mariage, Dana Broccoli donne un fils à Cubby, Michael Wilson, dont le pére, Lewis Wilson, est le premier à avoir incarné Batman à l'écran en 1942. La propre contribution de Michael G. Wilson à la saga James Bond se révélera importante. En 1960, les Broccoli ont une fille, Barbara, qui est maintenant la productrice des films 007, entre autres.
Albert R. Broccoli est mort par une belle soirée de juin 1996. Il ne souhaitait ni plus ni moins que de pouvoir faire des films qui ravissent les spectateurs. Il y est magnifiquemet parvenu. Ce faisant, il a profondément modifié la réalisation, la promotion et la distribution des films. Il a placé haut la barre de ce qui doit être éxigé des héros de cinéma.
Après le centenaire de la naissance de Ian Fleming, l’an passé, nous célébrons cette année celui de son père de cinéma avec Harry Saltzman : Albert R. Broccoli. « Cubby », né un an après le romancier, aurait eu 100 ans, le 5 avril dernier. Retour sur une carrière de passions, de coups de pubs et de génie, vouée au cinéma et à Bond.
Pierre Fabry
Quarante cinq films pas moins ! A regarder de plus près la filmographie du producteur, on peut être surpris. Seul, dans la mémoire collective, Bond surnage avec ses 17 opus, alternativement produits par Albert et Harry jusqu’à Vivre et laisser mourir. Pourtant, Albert Romolo Broccoli, né d’une humble famille du Queens, est bien plus que cela.
Tous ceux qui ont travaillé avec lui vous le diront : « Cubby », c’est d’abord une exigence. Celle de divertir absolument le public « roi ». Divertir avec une rigueur et un professionnalisme à toutes épreuves. Avec les moyens, s’il vous plaît. Toujours, il y a cette volonté constante de faire transparaitre dans les films les moyens colossaux mis en œuvre. Celle de toujours se surpasser.
Américain de naissance, « exilé » en Grande-Bretagne, « Cubby » est le dernier tenant de ce cinéma de l’âge d’or d’Hollywood, spectacle populaire et familial. Un pont entre deux mondes. Le symbole incarné d’un self made man tel qu’en fait naître l’Amérique de l’« entertainment ». Mais aussi l’emblème de la vieille Europe. Celle d’un cinéma « artisanal » et expressionniste. Le cinéma d’orfèvres et d’artistes européens qu’il fera tous travailler et se dépasser : de Ken Adam à Terence Young, en passant par John Barry et Maurice Binder.
Car Albert a l’œil, le jugement sûr. Le flair aussi. Il connaît si bien ce 7ième art, dont il a occupé successivement tous les métiers. Tout commence en 1943, lorsque la 20th Century Fox l’engage, via un cousin agent d’acteurs, comme assistant réalisateur sur The Outlaw. Là, il fait la connaissance du producteur Howard Hugues, dont il demeurera jusqu’aux pathétiques instants l’ami fidèle. Après quatre films à ce poste, Albert devient « production manager ». Il accumule pourtant nombre de petits boulots avant de revenir au cinéma...
Nous sommes en 1953. Il fonde sa première compagnie de production avec Irving Allen (qui produira bientôt les Matt Helm concurrents de 007), la Warwick Films, et finance son premier long métrage : Les bérets rouges. Pour le réaliser, Terence Young est choisi. Il lui sera fidèle, dans l’aventure Bond. Comme tous les autres. Broccoli est renommé. Travailler sur ses productions est un confort, un « luxe » de moyens absolus pour les petites mains du cinéma. L’époque est aux épopées chevaleresques, aux sagas guerrières, aux comédies légères et aux aventures exotiques… Albert apprend son métier au fil des projets, croise de grands noms du genre (Richard Thorpe, Robert Parrish) et s’en fait un. Mais il saisit aussi toute l’importance de la promotion, des media. L’époque est aux films de série B. Ils s’enchaînent. Les salles obscures, combles chaque semaine, en redemandent. Le cinéma est « la » distraction par excellence.
Puis vînt 007. Presque par hasard. Dr No aurait pu être le 22e film de Broccoli, un énième film passé aux oubliettes du 7ième art. De ces gentillets spectacles du jeudi après-midi. Mais voilà, l’époque, les circonstances… Ce quelque chose de « jamais vu », l’alchimie rare entre des comédiens, un romancier, un réalisateur opèrent. L’histoire est connue (cf. les passionnantes rétrospectives de Pierre Rodiac, Le Bond n°10 à 14). Bond est une aventure folle en laquelle personne ne croit. Hormis l’épouse de « Cubby », Dana, aussi discrète qu’attentive et engagée. Et ce producteur canadien : Harry Saltzman. Broccoli est un joueur, un aventurier… Eon Production Ltd et Danjaq SA (contraction des prénoms des épouses des deux hommes, Dana et Jacqueline) voient le jour. Histoires de famille déjà.
Pour cet Américain d’ascendance italienne, la famille a un sens. C’est une valeur sûre. Un repère, où solidarité, générosité, don de soi s’expriment avec cette sollicitude pour chacun, du plus humble technicien à la star. Les anecdotes, les photos de Broccoli cuisinant des pâtes sur le plateau de L’Espion qui m’aimait, font partie de la légende. Elles valent tous les discours. Cet « esprit Eon », Albert l’a légué intact comme un héritage à sa fille, Barbara, et à son beau-fils, Michael G. Wilson. Il fait tout le sel, la particularité et la force des films de Bond.
Aujourd’hui encore dans la culture populaire, avec Georges Lucas et Steven Spielberg, Broccoli demeure l’un des rares producteurs passé dans la lumière. Connu, reconnu et estimé du public. Il fut l’un des premiers dans ce cas. Il en jouera. Par la médiatisation savamment entretenue de sa propre image, de sa maison de production, de son équipe, « sa famille », Albert Broccoli entretient le mythe.
Que serait devenu Broccoli sans Bond ? L’histoire ne le dit pas. En revanche, une chose demeure : James Bond ne serait pas sans « Cubby ». Respect Sir.
1953 - Les Bérets rouges de Terence Young
1954 - April in Portugal de Euan Lloyd
L'enfer en dessous de zéro de Mark Robson
Le Serment du chevalier noir de Tay Garnett
1955 - Commando sur la Gironde de José Ferrer
A Prize of Gold de Mark Robson
1956 - Safari de Terence Young
Zarak le valeureux de Terence Young
Odongo de John Gilling
1957 - Comment tuer un oncle à héritage ? de Nigel Patrick
L'Enfer des tropiques de Robert Parrish
1958 - La Brigade des bérets noirs de Terence Young
The man inside de John Gilling
1959 - The Bandit of Zhobe de John Gilling
Killers of Kilimanjaro de Richard Thorpe
1960 - The Trials of Oscar Wilde de Irving Allen / Ken Hughes
Jazz Boat de Ken Hughes
1961 - Johnny Nobody de Nigel Patrick
1963 - Appelez-moi chef (Call Me Bwana) de Gordon Douglas
1968 - Chitty Chitty Bang Bang de Ken Hughes
Tous les quarts d’heure, les assistants hurlaient dans leurs mégaphones pour rappeler aux nombreux figurants qu’il était interdit de toucher aux mets du gigantesque buffet disposé dans la cour du château, car l’une des premières règles de la grammaire cinématographique est la continuité. Mais hélas, quel gâchis ! Il faisait tellement chaud ce jour-là dans le parc de Chantilly qu’il était clair que toute cette nourriture serait corrompue et immangeable à la fin de la journée.
Frédéric Albert Levy
Permanence d’un côté, passage du temps de l’autre. Cette lutte était à l’image de l’histoire même des « Bond » : une page était en train de se tourner. Le matin, lors de la présentation des comédiens à la presse — le tournage ne commença vraiment que l’après-midi — Roger Moore, à l’issue du photo shoot, avait lancé aux photographes : « Alors, on se revoit dans deux ans sur le prochain ? ». En riant, car, bien sûr, il savait que Dangereusement Vôtre serait son dernier « Bond ».
Quant à Cubby Broccoli, il était là, évidemment, mais il fallut négocier pour obtenir une interview avec lui. « À son âge, vous savez… Bon, mais pas plus d’un quart d’heure ». Il n’avait plus, certes, l’énergie qu’il dégageait quelques années plus tôt sur les plateaux parisiens de Moonraker, et sans doute se contentait-il désormais de superviser la production, mais le service de presse s’était fait plus royaliste que le roi : Cubby ne demandait qu’à parler, et il aurait volontiers continué à parler si, au bout de vingt minutes, un assistant « bien intentionné » n’était venu l’interrompre.
Cubby s’exprimait lentement, mais ne parlait pas au passé. Kevin McClory, producteur de Jamais plus jamais, venait de publier dans « Variety » des pleines pages pour annoncer la création de sa série « James Bond ». « We don’t make announcements, we make films », commenta sobrement Cubby, en précisant qu’il était logique qu’Octopussy ait attiré plus de spectateurs que Jamais plus jamais. Sean Connery était bien sûr un excellent acteur, mais Bond était une entreprise collective : « Si nous avions fait Jamais plus jamais, nous l’aurions fait beaucoup mieux ».
Il y avait chez ce faux nonchalant quelque chose de Sergio Leone. Lui aussi appliquait la fameuse formule énoncée par Tuco dans le Bon, la Brute, le Truand :« When you wanna shoot, shoot — don’t talk ». Étant entendu que shoot, en anglais, ne signifie pas seulement « tirer ». Ce verbe veut dire aussi « tourner un film ».
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